Un “super” El Niño est-il vraiment en route?

Réponses à des questions clés sur ce phénomène climatique potentiellement historique. 

Crédit: Elena Mozhvilo via Unsplash

Si vous avez suivi l'actualité récemment, vous avez probablement entendu dire que “le plus puissant El Niño” était sur le point d’arriver cette année. Mais qu’en est-il réellement?

Qu’est ce que El Niño?

El Niño est un phénomène climatique qui se caractérise par des températures océaniques anormalement élevées dans la partie orientale de l'océan Pacifique Sud, s'étendant jusqu'aux côtes de l'Amérique du Sud. Il s’agit de la phase chaude d’El Niño – Oscillation australe (ENSO), un cycle climatique naturel (qui comprend également une phase froide appelée La Niña) qui a lieu tous les 2 à 7 ans. Un épisode El Niño dure en général de 9 à 12 mois

Pourquoi alterne-t-on entre El Niño et La Niña?

Dans des conditions “normales”, les alizés poussent les eaux chaudes du Pacifique équatorial vers l'ouest, où elles s'accumulent près de l'Indonésie et de l'Australie. Dans le Pacifique oriental, ce mouvement vers l'ouest permet aux eaux froides des profondeurs de remonter à la surface par un processus appelé “upwelling” (ou “remontée d'eau”), créant ainsi une zone d'eau froide le long de l'équateur, au large de l'Amérique du Sud.

Durant un épisode El Niño, les alizés s’affaiblissent. Moins d’eau est poussée vers l’ouest, et le processus de remontée d'eau froide ne se produit pas. Les eaux chaudes habituellement situées au large de l’Indonésie et de l’Australie se déplacent alors vers l’est, entraînant une hausse des températures de surface de la mer dans le centre et l’est du Pacifique. À l’inverse, La Niña se caractérise par des alizés plus forts et des températures océaniques plus fraîches dans ces mêmes régions.

Crédit: adapté de McPhaden et al, 2020

Peut-on prévoir ENSO?

Oui! Les premières prévisions d’ENSO remontent aux années 1970, et dès les années 1990, des prévisions régulières étaient publiées à l'aide de modèles climatiques couplés (modèles qui combinent plusieurs composantes du système terrestre, telles que l'océan et l'atmosphère). Les scientifiques peuvent prévoir l’évolution d’ENSO plusieurs mois à l’avance, même si la précision diminue à mesure que l’horizon de prévision s’éloigne. La fiabilité (ou la précision) des prévisions diminue également au printemps* en raison de ce qu’on appelle la “barrière de prévisibilité printanière”, qui rend les conditions ENSO plus difficiles à anticiper à cette période de l'année.

*dans l'hémisphère nord

Se dirige-t-on vers un “super” El Niño?

Il y a tout juste deux semaines, l’Institut International pour la Recherche (IRI) a annoncé que nous étions en train d'entrer vers des conditions El Niño. Selon l’institut, un “réchauffement marqué [dans le Pacifique équatorial] indique fortement que les moyennes saisonnières, actuellement proches de la normale, augmenteront considérablement au cours des prochains mois, marquant une transition claire de conditions ENSO neutres à des conditions El Niño”. Bien que la confiance dans l’apparition d’un épisode El Niño soit désormais plus élevée, nous ne pouvons pas encore prévoir son intensité exacte. Autrement dit, nous ne savons pas encore s’il s’agira d’un “super” El Niño.

Quel est son impact sur la production alimentaire et, plus largement, sur le climat ?

Le phénomène ENSO entraîne des écarts par rapport aux températures normales, ce qui influence l'atmosphère et modifie les conditions météorologiques à travers le monde. Lors d'un épisode El Niño, certaines régions peuvent connaître une recrudescence des sécheresses, tandis que d'autres peuvent être confrontées à des phénomènes climatiques extrêmes tels que des précipitations plus abondantes, des tempêtes et des inondations, ce qui peut représenter un risque important pour les rendements agricoles et la sécurité alimentaire à l'échelle mondiale. El Niño a également tendance à avoir un effet de réchauffement sur le climat mondial. 

Aux États-Unis, les conditions météorologiques irrégulières observées depuis le début de l'année 2026 a déjà causé d'importants dégâts agricoles. Lors de la transition entre l'hiver et le printemps, les températures ont fluctué de 21 à 27°C certains jours à -12 à -7°C d'autres jours. Ces variations ont causé des dégâts considérables à la production de pêches dans le New Jersey, de blé dans le Midwest et de fraises en Caroline du Sud. Mais les États-Unis ne sont pas les seuls à subir des pertes agricoles liées aux conditions météorologiques cette année: la récente vague de chaleur en Europe a également perturbé la production agricole de l'UE. 

Si un épisode historique d’El Niño venait à se produire, les systèmes alimentaires en subiraient les conséquences d'une manière ou d'une autre. 

Fun fact: d'où vient le nom El Niño?

El Niño signifie “petit garçon” en espagnol. Le terme a été inventé par des pêcheurs sud-américains au XVIe siècle après avoir observé des courants océaniques côtiers anormalement chauds aux alentours de Noël, ce qui avait entraîné une diminution des stocks de poissons. Ils ont alors baptisé ce phénomène “El Niño de Navidad”, soit “l’Enfant de Noël”.

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